Produits structurés, des frais peu lisibles selon l’AMF
Entre listes noires, publicités d’influenceurs et frais difficiles à comparer, le rapport 2025 du Pôle commun sert de grille de lecture aux épargnants prudents.
En bref
- Le Pôle commun de l’ACPR et de l’AMF protège les clients de la banque, de l’assurance et des services financiers.
- Les arnaques aux faux livrets, aux crédits et aux placements, ainsi que les usurpations d’identité, inquiètent les deux autorités.
- Une cartographie du marché français des produits structurés a été publiée en avril 2025.
- Le Conseil a entériné le 5 juin 2026 un cadre européen actualisé sur l’investissement des particuliers.
Les frais d’un produit structuré peuvent être difficiles à comprendre pour un investisseur, et ils varient fortement selon le distributeur qui le commercialise. C’est l’un des constats que l’Autorité des marchés financiers et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution mettent en avant dans le rapport annuel 2025 de leur Pôle commun, présenté par l’Autorité des marchés financiers. Pour qui compare des placements, ce bilan sert surtout de grille de lecture : où se cachent les risques, et ce que les professionnels devront bientôt montrer.
Une vigilance renforcée face aux offres frauduleuses
Les listes noires recensent des sites et des intervenants qui n’ont pas l’autorisation d’exercer. Avant de confier son argent à une plateforme inconnue, les consulter reste donc un réflexe simple. Le volume d’ajouts enregistré sur une seule année montre combien ces offres se renouvellent vite.
Les deux régulateurs placent parmi leurs principales inquiétudes les faux livrets, les fausses propositions de crédit ou de placement, ainsi que les usurpations d’identité, y compris lorsque les escrocs se font passer pour les autorités elles-mêmes. Un message qui se réclame de l’AMF ou de l’ACPR n’est donc pas, par principe, une garantie.
La surveillance des publicités, diffusées dans les médias classiques comme en ligne, s’est nettement intensifiée, avec un regard appuyé sur les influenceurs qui vantent des produits bancaires ou financiers. Côté prévention, le site ABE Infoservice a lancé tout à la fin de 2025 une campagne pensée pour les 18-34 ans, qui combat les idées fausses sur la banque, l’assurance et l’épargne et met en garde contre les escroqueries.
Produits structurés, ce que l’étude des frais a mis au jour
Un produit structuré associe généralement un placement à une formule de performance liée à un sous-jacent. Le Pôle commun a d’abord dressé une cartographie du marché français, publiée en avril 2025. Il l’a ensuite prolongée par un examen des frais, des performances et du respect des obligations professionnelles par les assureurs et les distributeurs, dont les résultats sont parus le 22 juin.
Le message principal porte sur la lisibilité : à produit comparable, la facture dépend largement de l’intermédiaire, et sa structure n’est pas toujours claire pour l’épargnant. Demander le détail des coûts à plusieurs distributeurs a donc tout son sens.
Sur la commercialisation, les autorités notent des pratiques satisfaisantes mais aussi des manquements, en particulier dans la définition des marchés cibles, c’est-à-dire le profil de clients auquel un produit est destiné. Elles ont alerté les professionnels concernés et annoncent des actions de supervision et de contrôle, chacune dans son champ de compétence.
Plus largement, le Pôle commun a passé au crible cinq années de pratiques de vente, qu’il s’agisse d’instruments financiers, de distribution d’assurance ou de l’information sur les produits packagés comme les dérivés, les ETF ou l’assurance-vie en unités de compte. Une publication de ces travaux est prévue d’ici la fin de l’année.
Durabilité et règles européennes, ce que les professionnels devront fournir
Depuis 2022, le droit européen impose de recueillir les préférences de durabilité des clients, avec des notions réglementaires parfois ardues. En novembre 2025, l’AMF et l’ACPR ont publié des pistes pour aider les conseillers. Un nouveau cadre sur l’investissement des particuliers, négocié entre le Conseil et le Parlement européens, ajoute d’autres exigences :
- des outils d’évaluation adaptés et de meilleures façons de questionner le client sur la durabilité, avec des obligations clarifiées ;
- un recensement chiffré de tous les frais et coûts des produits conçus ou conseillés, assorti d’un jugement sur leur caractère justifié et proportionné, ce que recouvre la notion de value for money ;
- une information plus accessible sur les coûts, les risques et les rendements, présentée dans des formats standardisés.
Photo : Nataliya Vaitkevich / Pexels