Avant de signer un produit structuré, trois questions à poser à son conseiller
Des ventes record, des coûts d’entrée de 1,20 % à 13,16 % et une protection valable seulement à l’échéance : voici les points à vérifier avant de signer.
En bref
- Environ 60 milliards d’euros de produits structurés ont été commercialisés en 2025, un record, et les ventes progressent encore en 2026.
- Sur 51 produits étudiés par l’ACPR et l’AMF, les frais d’entrée varient de 1,20 % à 13,16 %.
- La protection du capital ne joue le plus souvent qu’à l’échéance ; une sortie anticipée peut coûter cher.
- Trois questions au conseiller permettent de cadrer la décision avant toute souscription.
Un conseiller qui vous propose un produit structuré ne fait pas un choix isolé : ces placements occupent désormais une place de premier plan dans les portefeuilles qu’il construit. Selon Challenges, environ 60 milliards d’euros ont été commercialisés en 2025, et l’Observatoire Irbis relève que 34 % des conseillers en gestion de patrimoine les placent en tête de leurs allocations, contre aucun en 2021.
Pourquoi ces produits sont partout
Le mécanisme explique en partie cet engouement. Un produit structuré associe une base obligataire, censée reconstituer le capital, et des options financières qui produisent le rendement, le tout adossé à un indice, un panier d’actions ou des taux. Roni Michaly, président de Galilée AM, résume l’effet de la volatilité : « Quand la volatilité augmente, les coupons versés aux épargnants montent mécaniquement ».
Les performances passées ont aussi nourri l’intérêt. D’après le cabinet SRP, cité par Challenges, le rendement annualisé moyen a atteint 8,3 % en 2024, et 93 % des produits émis entre 2017 et 2024 se sont soldés positivement. Challenges distingue trois familles : le capital garanti (60 à 70 % du marché, 4 à 6 % par an), le capital protégé (6 à 8 %) et les produits de participation, sans garantie. Pourtant, 47 % des épargnants n’en ont jamais entendu parler.
Ce que l’étude ACPR-AMF dit des frais
Le Pôle commun de l’ACPR et de l’AMF a examiné la distribution, les frais et la performance de ces produits vendus via l’assurance-vie et les comptes titres. Dans sa synthèse publiée par l’AMF, il décrit des écarts considérables d’un distributeur à l’autre.
| Constat | Ce que dit l’étude |
|---|---|
| Lisibilité des frais | Intégrés à la structuration du produit, ils peuvent être difficiles à comprendre |
| Paiement | Généralement acquittés en totalité à l’achat, sans varier selon la durée réelle |
| Performance | En moyenne inférieure à celle des marchés sur 2022-2024, du fait des coûts et de l’éventuelle protection du capital |
| Période | Produits commercialisés entre 2023 et le premier semestre 2025, en marchés haussiers |
Cette dernière limite compte : les résultats ne présagent pas de ceux d’un marché baissier. Yves Conan, vice-président de Linxea, prévient que « Ces frais réduisent significativement le rendement net ». Challenges donne un exemple : 0,65 % par an sur dix ans représentent 6,5 % prélevés dès la souscription.

Les limites du mécanisme
La protection a un prix et des conditions. Selon L’Express, elle n’opère qu’à l’échéance, le rendement est plafonné par les coupons prévus dans la formule et la durée de vie peut atteindre 10 ou 12 ans. Capital situe cette échéance entre 6 et 10 ans en général, avec des frais d’entrée pouvant aller jusqu’à 3 % et une marge de 2 à 5 % prélevée à la construction.
Revendre avant le terme reste possible, mais cela peut cristalliser une perte : des supports indexés sur Stellantis ont subi l’effondrement du titre. L’ACPR et l’AMF rappellent que l’investisseur peut perdre une partie ou la totalité de son capital et qu’un particulier ne devrait pas investir s’il ne comprend pas le produit.
Les réflexes avant de signer
Thaïs Castang, associée de L&A Finance, observe que « Les frais sont souvent beaucoup moins visibles que les promesses de rendement. » Le cadre réglementaire protège toutefois le client : l’AMF impose au conseiller de démontrer l’adéquation du produit à son profil de risque, et, depuis le 1er janvier 2024, les assureurs doivent définir pour les unités de compte complexes un marché cible spécifique et négatif.
Le Pôle commun a aussi relevé des non-conformités : présentation annualisée des frais, absence de ventilation entre coûts du produit et du service, absence de mention des rétrocessions. Elles font l’objet d’actions de supervision bilatérales. Pour situer ces chiffres dans une lecture plus large, l’analyse du rapport du Pôle commun détaille les constats de l’AMF sur ces frais.
Photo : RDNE Stock project / Pexels